Portrait

Rencontre avec Anaïs, fondatrice des Récupérables

La mode, oui mais sans déchet.

« Les Récupérables » : ce mot qui résonne joliment c’est le nom d’une marque de vêtements made in France et éco-responsable. Les Récupérables joue des codes de la mode pour mieux s’en détacher et bouscule avec style les règles imposées par la fast fashion. Et si ce sont l’écologie et l’éthique qui inspirent Anaïs, la fondatrice, sa réelle conviction c’est changer de Mode. Elle en a d’ailleurs fait son mantra : “la mode oui mais en mieux”, un doux rêve devenu réalité. Rencontre.

Anaïs, tu es aujourd’hui créatrice d’une marque de mode d’upcycling, cela a toujours été ta volonté ?
La Mode, c’est comme une petite musique, je l’ai toujours fredonné. C’est petite fille avec ma grand mère, que j’y ai goûté. Elle m’a fait coudre mes premières robes de poupées, choisir les tissus, et surtout fait économiser et réutiliser la matière. Elle m’avait fièrement expliqué comment elle s’était fait une robe dans le pantalon de mariage de mon grand-mère. J’étais marquée du sceau de la Récup’! Question mode, j’étais tout simplement fan, j’ai commencé à me changer 3 fois par jour dès l’âge de 4 ans, composer les silhouettes était mon jeu favori avec les déguisements bien entendu. En arrivant à Paris, j’ai travaillé dans la plupart des friperies du Marais et j’y ai reçu une véritable instruction sur l’art du Vintage et de la sape. Très rapidement, on m’a demandé d’être styliste pour des clips, du théâtre, des courts-métrages. La Ressourcerie de la Petite Rockette, m’a ensuite confiée une petite boutique solidaire. C’est là que j’y ai vu des montagnes de textile collecté chaque jour. Une des conséquences de notre surconsommation…

C’est ce qui t’a donné envie de te lancer ?
On vit dans un monde aux ressources finies mais on fait l’autruche. J’ai toujours dit que l’écologie n’est pas une option. Si on se penche sur le sujet, on ne peut rester insensible. « Je fais simplement ma part », dixit Pierre Rabih. Je me suis posée la question réthorique : « pourquoi produire encore, alors qu’il y a tellement de matière à réutiliser ? » On utilise entre 2000 et 5000L d’eau pour teindre un t-shirt sans compter le bilan carbone, énergie…. Toute la chaine de production est à revoir, il y a tellement d’incohérences et de catastrophes qui en découlent. J’essaie d’attirer le regard sur notre surconsommation (durée de vie d’un vêtement fast-fashion : 36 jours), d’être conscient de ce qu’entraîne la fast-fashion. Et, la première chose à faire et de porter nos vêtements le plus longtemps possible et les donner ensuite à des associations. Il y a encore une part énorme de vêtements jetés à la poubelle. J’ai lancé Les Récupérables pour sensibiliser à ces questions et éviter le gaspillage de matière avec un parti pris mode.

« J’essaie d’attirer le regard sur notre surconsommation, d’être conscient de ce qu’entraîne la Fast Fashion. »

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Comment arrives-tu à conjuguer tendance et mode responsable  ?
Je ne suis pas une femme de concession, je voulais de la Mode et de l’engagement, allier les deux s’est fait naturellement. On peut tout faire des nappes, des rideaux, des fins de rouleaux, tout est une question appréciation des couleurs, des matières et de création des coupes surtout. 

Et quel est ton processus de création ?
Les Récupérables, c’est la Mode à l’envers, c’est en chinant que je trouve des merveilles, je déniche toujours aussi des pièces vintage iconique, ensuite, je compose des tableaux, je gribouille des silhouettes et je présente le tout à la styliste-modéliste qui réalise les patrons. S’ensuit une série de test et d’essayage pour que la réalité colle à mes rêves. Les collections sont réalisées à partir de tissu d’ameublement, de linge de maison, de fin de rouleaux collecté en Ressourcerie, Emmaüs et auprès du Relais. La confection est confiée à de petits ateliers comme Coco & Rico et à des ateliers d’insertion comme à ACR dans les Yvelines..

Comment trouves-tu l’inspiration ?
Je pourrai être intarissable et en écrire 4 pages… Dans mon temple, il y a les icônes du cinéma en noir et blanc, Schiaparelli, les lunch box 50’s, les villages déserts, les galets multicolores, les peintures délavés, les nappes à fleurs, les petits riens du quotidien… Il y a aussi ma grand-mère et ses jupes culottes. Et il y a celles qui m’entourent bien sûr, la rue comme l’a si bien exprimé Pierre Cardin est une source inépuisable d’inspiration.

Aujourd’hui, quel est ton plus gros challenge ?
Des challenges en matière de mode éco-responsable, ce n’est pas ça qui manque. Pour ma part, je dirai trouver de sublimes matières et continuer d’avoir un prix juste. Faire de la Mode éco-responsable la Norme, c’est LE challenge et j’essaie d’impulser le changement en ce sens aidé d’un éco-système téméraire et décidé à prouver que c’est possible. Je suis engagée auprès de Fashion Revolution pour faire avancer les choses.


« Il faut privilégier les alternatives qui font sens plutôt que la course à la possession futile. ».

Enfin, quels serait tes 3 conseils pour mieux consommer ?
1. Dire stop à la Fast Fashion : porter ses vêtements, privilégier la fripe, les marques éco- responsables, la location de vêtements.
2. N’acheter que l’essentiel, s’interroger sur la provenance, les personnes qui sont derrière une chaine de production…Privilégier les alternatives qui font sens plutôt que la course à la possession futile.
3. Cuisiner pour le bien être que ça procure et le confort avec l’intestin, notre 2° cerveau et notre allié en matière de santé.

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Vous retrouverez également Anaïs, dans notre documentaire Aujourd’hui Pour Demain” sorti prévu fin mars.

Photographe : Lucie Sassiat. Modèles : Claire Francès et Mathilda Galmot

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